La maison serait pleine de roses, Francis Jammes

La future maison, celle que nous achèterons ensemble, où nous réaliserons nos projets, nos rêves, celle dont nous parlons si souvent… Grande source de rêveries multiples, heureuses, paisibles.

Maison dite de Chateaubriand dans le parc du château de Malesherbes. Source

                      Maison dite de Chateaubriand dans le parc du château de Malesherbes. Source

On se projette dans des longues après-midis au jardin, dans de douces soirées au coin du feu, dans des matinées créatrices à peindre ou écrire devant la fenêtre largement ouverte sur l’horizon… Je l’imagine grande, pleine de lumière, de soleil, avec une belle cuisine, un grand jardin, des fleurs partout, des rosiers grimpants sur la façade, une glycine suspendant délicatement ses grappes mauves au dessus d’une tonnelle, des lilas marquant de leur odeur puissante le retour du mois de mai, des jonquilles, des tulipes, des primevères dont les milles couleurs signent l’arrivée du printemps…

Roseraie de Cluny

                                                                          Roseraie de Cluny

Aussi j’apprécie particulièrement le poème de Francis Jammes, dans lequel je retrouve la lumière, les roses, les fruits, l’amour aussi, tout ceci sur le mode du conditionnel, mode de l’irréel, de l’imaginaire, la rêverie. Ce poème est tiré du recueil De l’Angélus de l’aube à l’angélus du soir. Ce titre m’évoque une vie calme, calme par son rythme, qui se calque sur le son des cloches et la course du soleil, loin de la frénésie, dans l’apaisement, calme également par le silence, parsemé des doux bruits de la campagne et des cloches.

La maison serait pleine de roses et de guêpes.
On y entendrait, l’après-midi, sonner les vêpres ;
et les raisins couleurs de pierre transparente
sembleraient dormir au soleil sous l’ombre lente.
Comme je t’y aimerais. Je te donne tout mon cœur
qui a vingt-quatre ans, et mon esprit moqueur,
mon orgueil et ma poésie de roses blanches ;
et pourtant je ne te connais pas, tu n’existes pas.
Je sais seulement que, si tu étais vivante,
et si tu étais comme moi au fond de la prairie,
nous nous baiserions en riant sous les abeilles blondes,
près du ruisseau frais, sous les feuilles profondes.
On n’entendrait que la chaleur du soleil.

Tu aurais l’ombre des noisetiers sur ton oreille,
puis nous mêlerions nos bouches, cessant de rire,
pour dire notre amour que l’on ne peut pas dire ;
et je trouverais, sur le rouge de tes lèvres,
le goût des raisins blonds, des roses rouges et des guêpes.

Le poète Francis Jammes était un grand promeneur, sensible aux beautés et aux plaisirs de la campagne. Outre les promenades, il aimait la chasse, la pêche, il pratiquait la botanique. Voici une des maisons où il vécut, de 1921 à sa mort en 1938. Situé au Pays Basque, à Hasparren, elle porte le nom de « Eyhartzea ». Francis Jammes habita cette demeure grâce à la générosité d’une donatrice, Mme Gille. Il fit planter dans le jardin de bosqueteau de bambous, dessina les allées.

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