Un air de Carnaval à Mayence

De passage à Francfort le week-end du Carnaval tout à fait par hasard, nous avons appris que dans une ville voisine, Mayence, se déroulait un magnifique festival, notamment le lundi, joliment nommé le Rosenmontag, le lundi des Roses. Impossible de nous libérer pour le lundi, mais nous sommes quand même allés faire un tour dans la ville le dimanche, et cela nous a permis de goûter un peu l’esprit carnavalesque allemand dans cette ville, ce dont nous n’avons pas été déçus. Ce carnaval a une dimension populaire extraordinaire. Tout le monde se déguise, se maquille, se travestit, les générations sont mélangées, tous savent les paroles des chansons et chantent en chœur, l’ambiance est vraiment époustouflante.

Arrivés en S-bahn dans la gare principale, nous ne savions par où aller pour assister aux défilés modestes et plus populaires du dimanche qui se déroulent dans les quartiers excentrés. Un jeune homme nous indique le tramway à prendre (nous aurions pu deviner à la vue de la foule déguisée massée sur le quai). Dans le tramway, nous sommes écrasés comme des sardines, j’ai le nez dans la fourrure d’un léopard, le coude dans les flancs d’un travesti, et ma main côtoie sur la barre celles d’un soldat du XIXème siècle et d’un évadé du bagne. Cette multitude de déguisements se retrouve à chaque coin de rue, dans chaque café. Personne ne sort ici sans un élément de déguisement : que ce soit un chapeau, un nez rouge, du maquillage, tous arborent au minimum un accessoire. Mais les gens aussi peu déguisés sont minoritaires : les autres sont métamorphosés en animaux de la savane ou de la jungle (le costume intégral en fourrure fait fureur, et ça se comprend quand on regarde la météo allemande du mois de février !), en personnages historiques, en clowns, en travestis, en policiers (surtout chez les jeunes ados, la mode du costume FBI ou SWAT fait un tabac), en insectes, en tout et n’importe quoi. Extirpés avec peine du tramway et des chansons dont nous régalent avec générosité quelques jeunes gens au nez rougissant et au rire contagieux, nous attendons dans une petite rue, quand les premiers groupes arrivent, batterie-fanfare en tête, suivis de quelques chars. Le défilé est relativement modeste, mais l’ambiance est au rendez-vous. Nous entendons hurler hello de tous côtés, ce qui nous surprend, puis nous comprenons qu’il s’agit en fait du cri « helau » (entendez plutôt « HELAUUUUUUUU !!!!! »), cri de ralliement des fous du carnaval, vociféré partout, par tous, avec une vigueur étonnante. Nous hurlons donc avec les autres, et sommes récompensés par les pluies de bonbons et de multiples gadgets tombant des chars (paquet de mouchoir, cachet de vitamine C, faux billet de banque, poncho de secours en plastique transparent…).

Le défilé terminé, nous revenons à la gare avec l’intention de visiter le centre ville de Mayence. Nous arrêtons alors d’un « Entschuldigung » hésitant un passant tout à fait charmant et avenant. Celui-ci, à notre maigre tentative de demander « der Stadt centrum » nous répond dans un français parfait à peine teinté d’un léger accent, et nous décrit précisément le chemin à parcourir. Au moment de partir, il nous retient et nous délivre un avertissement surprenant : « Vous savez que vous êtes ici en période de carnaval. Toute la ville est bouleversée, vous allez croiser des gens ivres, d’autres qui dansent, tout le monde fait n’importe quoi ». Nous le remercions, et suivons les rails du tramway en direction de ce centre ville, un peu perplexes quant à ce qui nous attend. Le centre ville est très beau, une cathédrale d’une forme assez curieuse est entourée de petites rues aux pavés irréguliers et surplombées de très belles maisons à colombages. Dans une rue sont garés flambants neufs des chars très beaux et très élaborés. C’est très surprenant, on retrouve vraiment l’esprit de renversement carnavalesque hérité des Carnavals médiévaux dans le choix présidant à la construction des chars : des scènes à caractère sexuel mettent par exemple en scène Angela Merkel ou Vladimir Poutine, la subversion préside aux choix esthétiques.

A papier mache caricature figure for a carnival float of Turkish President Tayyip Erdogan (L) is prepared for the upcoming Rose Monday carnival parade in Mainz, Germany February 2, 2016. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Nous croisons toujours autant de monde déguisé, et arrivons à une grande scène de spectacle montée en plein air sur laquelle se succèdent des groupes de danse et de musique. Le public se presse sur la place, mais les Allemands sont (vraiment) très grands, je ne vois pas grand chose de ce qui se passe sur scène. Ce n’est pas si grave, le spectacle qui m’entoure vaut tout autant. Les spectateurs dansent et chantent à tue-tête, du couple aux cheveux blancs, à la jeune femme élégante et tirée aux quatre épingles, en passant par le groupe de trentenaires (fort jolis garçons il faut l’avouer) tous en costumes de techniciens de chez Mercedes Benz, les ados, les familles avec enfants, tout le monde s’amuse et chante sans hésitation les paroles des chansons choisies par le groupe sur scène. Un peu grisée par l’ambiance, j’avoue avoir chanté moi aussi en essayant de deviner les paroles…

L’année prochaine, nous essayerons de nous libérer pour le Rosenmontag, qui doit être une expérience vraiment exceptionnelle, et de prévoir des costumes !

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s