Six mois dans une cabane en Sibérie

J’ai lu Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson, et ça m’a fait rêver… A 37 ans, après avoir fait un tour du monde à vélo, traversé l’Himalaya à pied sur 5000 kms, Sylvain Tesson revient dans un lieu dont il est tombé amoureux, les rives du lac Baïkal en Sibérie, dans l’intention de passer six mois seul dans une cabane. Il arrive en février, par des températures entre -30° et -40° et repartira au coeur de l’été, fin juillet.

Il est venu chercher dans la forêt ce que le voyage ne lui a pas donné : le temps. Le voyage lui a permis de ralentir le temps, mais pas de l’arrêter. La vie restait dirigée vers un but, une destination. Vivre dans les bois lui a appris l’immobilité.cabane Sylvain Tesson dans forêt Sibérie lac Baïkal

Sylvain Tesson éprouve avec force le bonheur de vivre de ses propres moyens : couper à la sueur de son front le bois qu’il brûlera dans son poêle, pêcher avec patience les poissons qu’il mangera. Il retrouve là les plaisirs primitifs de satisfaire soi-même à ses besoins, et semble approcher là un état proche du bonheur originel.

Il y a des gens dont les repas proviennent exclusivement d’un paysage étendu dans leur champ de vision. C’est une définition de l’Eden. Vivre replié dans un espace que le regard embrasse, qu’une journée de marche permet de circonscrire et que l’esprit se représente.

Ces paroles me rappellent la joie profonde que l’on éprouve lorsque l’on mange le pain que l’on a fait, les légumes que l’on a cultivés puis cuisinés, les châtaignes que l’on a ramassées et fait griller dans le poêle après une longue promenade dans le crépuscule automnal.

Cette expérience de vie est un long hymne à la sobriété heureuse. sylvain tesson dans les forêts de sibérie une expérience de la solitude et de l'autonomieL’auteur vante le plaisir d’une vie simple, qui oublie l’état de manque perpétuel dans lequel nous plonge la société de consommation, et permet à celui qui la vit de plonger dans une plénitude de tous les instants.

On dispose de tout ce qu’il faut lorsque l’on organise sa vie autour de l’idée de ne rien posséder.

En rétrécissant la panoplie des actions, on augmente la profondeur de chaque expérience.

Il avait écrit dans les débuts du livre :

En ville, chaque acte se déroule au détriment de mille autres. La forêt resserre ce que la ville disperse.

L’auteur prête alors un regard neuf à la nature. Il s’interroge sur les animaux qui l’entoure, affirmant que «  La moindre des choses quand on s’invite dans les bois, est de connaître le nom de ses hôtes. » La vie dans les bois l’invite à s’intéresser au détail le plus ténu. Il passe des heures à regarder par la fenêtre, à observer les variations infimes et perpétuelles du paysage qui l’entoure. « Lorsque le monde des hommes n’envoie plus de signal, une teinte nouvelle sur le plumeau des cèdres, un reflet de la neige deviennent des évènements considérables. »

Pour autant, il ne cache pas la difficulté de ce mode de vie. Face aux beautés stupéfiantes de la nature, il aimerait parfois avoir un autre esprit avec qui partager ces instants de contemplation, cet émerveillement des yeux et de l’âme.

« L’ermite est seul face à la nature. Il demeure l’unique contemplation du réel, porte le fardeau de la représentation du monde, de sa révélation au regard humain. »

L’homme est un poète, un lecteur également qui nous livre quelques réflexions glanées au fil des ouvrages parcourus pendant sa retraite. Il allie une écriture parfois âpre et tranchante à un regard d’une grande poésie portée sur la nature. Il est également capable de beaucoup de tendresse, se lie d’affection avec une petite mésange qui vient le saluer tous les matins.

Cette lecture m’a fait un profond effet, m’a offert une réflexion sur la vie, sur la modernité, sur les choix que nous faisons. Pourtant elle garde l’attrait d’un roman. Ce n’est pas un essai culpabilisateur sur la consommation ou la simplicité volontaire, mais plutôt un chant à la splendeur du monde et à la puissance de la solitude. Il ne nous est pas forcément possible de vivre une aventure aussi radicale et hors du commun, mais cette lecture nous permet de la vivre par l’imaginaire, et peut-être sera source d’inspiration pour rendre à notre quotidien davantage d’authenticité, et donner à notre maison les couleurs et la simplicité d’une cabane en Sibérie.

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