Méditer en marchant

J’ai une forte tendance à ruminer, notamment dans des projections inutiles dans l’avenir. Je passe des heures entières à imaginer d’éventuelles confrontations avec mon entourage, à préparer mes hypothétiques réponses. Le plus souvent toutes ces scènes inventées n’ont finalement jamais lieu et j’ai perdu beaucoup de temps et d’énergie pour rien.

Cette tendance à ruminer prend toute son ampleur notamment après une discussion un peu stressante, avec un chef, des élèves, avec le père de ma fille, avec des copains avec qui je suis en désaccord, avec mon compagnon… Je me rends compte que cette rumination entraîne chez moi une tendance à l’inertie. Je passe mon temps à gamberger au lieu de faire ce qui est à faire dans la maison. Je ne suis pas à ce que je fais, et je vais faire une promenade de deux heures sans même me rendre compte de ce que je croise et de là où je suis. Et surtout, cette polyphonie de voix dans ma tête m’épuise.

J’ai essayé de faire de la méditation dans ces cas-là, mais je n’y arrive pas. Mon corps a envie de bouger, moi-même j’ai souvent envie et besoin de sortir, de prendre l’air, pas de rester assise en tailleur sur mon tapis de yoga. Alors j’ai tenté de pratiquer de la méditation tout en marchant.

marche et méditation

La marche, par son caractère répétitif est tout à fait adapté à la méditation. Ce qui purifie l’âme dans le pèlerinage, ce n’est pas tant le lieu saint vers lequel on marche, que la marche en elle-même, cette longue itinérance silencieuse et solitaire. Encore faut-il réussir à marcher en laissant de côté les multiples solicitations de notre esprit.

Eckhart Tolle, dans son livre Mettre en pratique le pouvoir du moment présent montre que le but de la méditation en pleine conscience, c’est arriver à « laisser derrière nous le monde assourdissant de l’abstraction mentale ». Méditer c’est réussir à arrêter ce flot de pensées décousues et abrutissantes, pour réussir à être pleinement « ici et maintenant ». Au début cet exercice consiste en une série d’allers-retours. En effet, ainsi que le remarque Christophe André dans la partie « Apprendre à méditer » de son ouvrage sur Les Etats d’âme, « on s’assied, on ferme les yeux et on s’aperçoit… que notre esprit part dans tous les sens !

Pour le moment j’ai essayé deux techniques de méditation en pleine conscience pendant la marche. L’une ne m’a pas trop convenu alors que l’autre est idéale pour moi, me permet de retrouver sérénité, légèreté et joie de vivre. Les deux techniques sont expliquées par Jon Kabat-Zinn dans son livre très riche sur L’Eveil des sens.

Dans la première, il faut se concentrer sur la marche. Marcher lentement, et être conscient de chaque étape du pas. Chaque pas est vécu pour lui-même, et non pas pour le but d’aller se poser quelques centimètres plus loin (ce qui est déjà une projection dans l’avenir). On sent le talon se soulever, le muscle se tendre, le pied se dérouler etc… Il faut garder le regard vague, marcher de préférence en allers-retours sur un chemin connu et court pour ne pas être déconcentré par le paysage. Je n’ai pas réussi à m’abandonner à cet exercice, mon esprit de jugement prenait sans cesse le dessus, j’avais l’impression d’être ridicule.

La deuxième méthode est celle du « voir », de la contemplation. Il faut laisser la pleine place dans son esprit à notre sens de la vue, le laisser nous envahir totalement, sans aucune place pour le jugement ou la réflexion. Ainsi, on voit l’herbe verte, on admire ce vert, la façon qu’elle a à cet instant précis de briller sous le soleil (et on ne se dit pas « Ah oui il a plu depuis une semaine, c’est normal que l’herbe soit bien verte, car là on est déjà dans l’ailleurs). Jon Kabat-Zinn souligne que le paysage est différent à chaque instant, à chaque moment de l’année, de la journée, du mois… Ce changement perpétuel m’oblige donc à être « de nouveau présent à ce qui s’offre à mes sens ». Chaque fois que l’esprit cherche à s’évader dans des pensées parasites, on en fait le constat « Tiens, je suis encore parti », et sans agacement, sans jugement aucun sur soi-même, on revient à la contemplation. Ce jeu perpétuel d’allers-retours nous fait progresser vers la pleine conscience et nous apprend à saisir l’instant présent.

méditer et marcher méthode jon kabat-zinn et eckhart tolle

Je finirai par une citation d’Eckhart Tolle :

Utilisez pleinement vos sens. Soyez véritablement là où vous êtes. Regardez autour de vous. Simplement, sans interpréter. Voyez la lumière, les formes, les couleurs, les textures. Soyez conscient de la présence silencieuse de chaque objet, de l’espace qui permet à chaque chose d’être.

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